Responsable de l’enquête : Romane Clément (Ctrl S)

Date : avril - juillet 2025


Diaporama de Romane

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Compte rendu détaillé

Introduction : Je voulais commencer avec cette estampe de 1820 trouvée sur Gallica, intitulée La Kaléidoscomanie. Elle dépeint une dizaine de personnes si fascinées par l’observation dans un kaléidoscope que leur entourage les dupe ; une sorte de fin du monde provoquée par la distraction. Cette image est très très intéressante car on voit que même sans écrans, et même en 1820, on parle de crise de l’attention. C’est un processus permanent en constante évolution. D’année en année, l’irruption de nouveaux dispositifs transforme légèrement sa forme, ce qui introduit des pratiques et des réactions imprévues. Quelques décennies plus tard, ces mêmes objets s’intègrent dans les usages courants et cessent d’être considérés comme dangereux. Personne aujourd’hui ne pense plus que les kaléidoscopes représentent un risque. On accusait autrefois le cinéma de favoriser la criminalité ou la perversion, puis c’est devenu une pratique culturelle ordinaire. Replacer les débats actuels sur l’attention dans cette longue histoire de transformations technologiques et des réactions qu’elles engendrent est donc essentiel.

On m’a souvent demandé pourquoi le thème s’appelait « écologie de l’attention » là où souvent, on entend plutôt la notion « d’économie de l’attention ». La dessus, je n’ai rien inventé, mais j’aime l’explication d’Yves Citton qui est à l’origine de cette formulation : « J’aime à comparer un lettré du 21e siècle et un moine du Moyen Âge, qui était une des rares personnes alphabétisées et lettrées de l’époque. Le moine avait accès à quelques dizaines ou quelques centaines, au maximum quelques milliers de livres dans la bibliothèque de son monastère et on peut imaginer qu’en en prenant le temps, il pouvait lire la totalité de sa bibliothèque. Aujourd’hui, il est impossible non seulement de tout lire, mais aussi de simplement suivre, même de loin, ce qui devient accessible sous format numérique. Chaque jour, disait-on il y a quelques années déjà, l’équivalent de cinquante ans de visionnements est chargé sur YouTube. Dans cette surabondance d’images, on sait bien sûr qu’il y a des choses intéressantes comme des vidéos sans intérêt. Quant à moi, j’aimerais avoir de multiples vies pour visionner tous les beaux concerts, écouter toutes les conférences intéressantes qui se mettent en ligne chaque jour... Mais face à ce sentiment subjectif consistant à penser que les heures d’attention dont nous disposons sont complètement disproportionnées par rapport à l’abondance de l’offre, la réponse théorique a été de dire que nous vivons un retournement de l’économie. Qu’était-ce que l’économie, dans sa définition classique, jusqu’à ce moment-là, et qu’elle continue à être par ailleurs ?

L’économie, ça consiste à se demander comment produire des objets à moindre coût, avec le moins possible de ressources. C’est du côté de la production que les questions se posent. Or dans le monde culturel dans lequel nous baignons désormais, explose la question de savoir, non seulement comment produire avec des ressources limitées, mais aussi, voire surtout, qui va consacrer de l’attention à la production une fois qu’elle sera mise à disposition du public. La ressource rare, ce n’est plus (seulement) l’énergie et les matières premières, mais c’est bien l’attention d’auditeurs et de spectateurs rapportée à tout ce qui est mis en ligne. D’où la question d’écologie de l’attention »

Je voulais aussi, en introduction, parler de deux choses que vous avez peut être vu passer autour de notre thématique ces derniers temps, car le sujet est très actuel, mais surtout dans le secteur de l’éducation et en lien avec la jeunesse. Côté culture, pas grand-chose encore, alors que finalement c’est un secteur très connexe à celui de l’éducation, vous êtes nombreux à le ressentir dans vos métiers et établissements culturels au quotidien.

Pour cette étude, j’ai réalisé 5h d’entretiens dans quatre établissements culturels (EMPO, Théâtre Vidy Lausanne, PBA Lille et BnF) , j’ai réalisé une analyse de 2 grandes études des publics qui m’ont été communiquée (quantitatif et verbatims). En complément de l’étude habituelle des papiers académiques et des articles de presse (assez peu nombreux sur le sujet) j’ai eu la chance de discuter avec des experts qui touchent du doigt le sujet attentionnel dans la culture : des médiations sonores, des smartphones dans la ville.

Voici mes quatre grands apprentissages : #1 UNE DIVERSITÉ DES CAPACITÉS ATTENTIONNELLES DES PUBLICS DANS DES ENVIRONNEMENTS CULTURELS SOUVENT EXIGEANTS